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Biotechnologies. Impacts sur la biodiversité


Que cela soit pour les biotechnologies conventionnelles ou modernes (aboutissant aux OGM) et en dehors de tout contrôle, l'impact sur la biodiversité peut être de grande ampleur suite à une éventuelle érosion génétique.

Les biotechnologies ou technologies du vivant englobent un ensemble de méthodes et techniques d'investigation, de culture et d'exploitation d'êtres vivants de type végétal, animal ou microbien. Elles peuvent être utilisées par l'homme pour satisfaire ses besoins d'ordre médical et alimentaire, en particulier.

biodiversité. impact des biotechnologies

On en distingue des biotechnologies traditionnelles, utilisées depuis longtemps (fermentation, lutte biologique...), et des biotechnologies modernes reposant sur les technologies de l'ADN (acide désoxyribonucléique) recombiné (génie génétique). Dans ce dernier cas, une progression exponentielle des connaissances a été enregistrée au cours des 20 dernières années.

Des répercussions sur le vivant deviennent inévitables et nécessitent préparation et mobilisation pour affronter l'avenir.

Si la nature a créé une multitude d'espèces vivant sur terre avec chacune ses propres caractéristiques et ses capacités, elle a, d'autant plus, mis des barrières pour respecter les frontières des espèces en limitant au maximum l'interfertilité ou si cette dernière intervient, elle aboutira à des individus stériles.

Avec les biotechnologies modernes, il est devenu possible de franchir ses barrières et modifier le génomes des espèces. De nouveaux organismes (organismes génétiquement modifiés ou OGM) sont, ainsi, obtenus avec de nouvelles potentialités.

Biotechnologies

Si les nouveaux traits montrés par les OGM donnent satisfaction, ceux ci seront multipliés infiniment, et peut être au dépend d'espèces naturelles. Ceci est l'un des inconvénients des biotechnologies modernes. En général, la biodiversité ou diversité biologique fait référence au nombre d'espèces vivant dans le monde et qui est estimé à environ 10 millions d'espèces dont, seulement, 1,4 millions d'espèces dénommées. En se limitant uniquement aux espèces végétales, le Maroc compte parmi les pays à biodiversité élevée, en considérant la richesse de sa flore qui est liée à la diversité de sa géographie physique. Néanmoins, des risques d'appauvrissement en biodiversité pèsent de plus en plus sur nos forêts et nos palmeraies, en particulier. 

De nos jours, l'une des questions les plus fréquemment posées concerne l'impact du développement rapide des biotechnologies sur la diversité biologique mondiale. Etant des techniques puissantes, les biotechnologies restent, avant tout, des outils que l'homme utilise à son gré. Elles peuvent être, de ce fait, considérées comme une 'arme à double tranchant' où on note, simultanément, des apports positifs jouant en faveur de l'augmentation et la conservation de la diversité biologique et des aspects négatifs tendant à l'anéantir.

D'une part, l'apport positif des biotechnologies, ne se limitant pas qu'aux aspects d'évaluation rapide des ressources génétiques, concerne, en plus, l'assainissement de plantes virosées et la micropropagation par culture in vitro d'espèces vouées à la disparition. Le meilleur exemple est celui du palmier dattier qui est soumis au Maghreb à plusieurs contraintes biotiques (maladies dues aux agents pathogènes) et abiotiques (sécheresse, salinité). La multiplication à grande échelle de cette plante pérenne ne peut être réalisée que par la voie des biotechnologies végétales (culture in vitro par organogenèse et embryogenèse). Le Maroc s'est rendu compte de cette nécessité. Des efforts significatifs ont été déployés, dans ce but, par le domaine privé et les établissements de recherche et de développement (Universités, Institut National de la Recherche Agronomique, Offices de Mise en Valeur Agricole).

biotechnologies et biodiversite. Palmier dattier

La production de vitro-plants n'a pas pu, malheureusement, satisfaire tous les besoins. Ainsi, le Maroc n'a planté qu'environ 100000 vitro-plants entre 1987 et 1992 dans le cadre d'un projet de plantation de 3 millions de palmiers entre 1987 et 2007.

Le déficit en matériel végétal peut être expliqué par la complexité de la culture des tissus et de l'acclimatation de jeunes palmiers dattiers. Des efforts supplémentaires restent encore à fournir pour réussir ce pari. L'élargissement du champ de la biodiversité reste, également, l'un des apports positifs des applications biotechnologiques. En effet, les pratiques des cultures in vitro des tissus et des cellules peuvent être des sources de variabilité génétique importantes (variations somaclonales) touchant des changements au niveau du nombre et de la structure des chromosomes. Les traitements mutagènes peuvent, à leur tour, augmenter les chances des mutations.

La combinaison d'individus génétiquement distants par hybridation somatique (fusion des protoplastes) permet l'obtention de nouveaux organismes. Un des exemples le plus connu est celui de la 'pomate', hybride entre la pomme de terre et la tomate.




D'autre part, la restriction du champ de la diversité biologique est aussi une résultante probable des applications biotechnologiques. En effet, même si l'exigence de productions homogènes industrialisables obtenues par voie de la culture in vitro conforme, a fait le succès des biotechnologies, elle aurait aussi entraîné le risque de perte de la diversité génétique et la biodiversité, en général. Les réticences à l'application des biotechnologies récentes commença à être ressenti à partir des années 70 alors que les chercheurs ont mis au point de nouvelles méthodes permettant de combiner des segments d'ADN et de les transférer d'un organisme à un autre. Ce fut alors la transgénèse et on commença à toucher précisément aux problèmes de l'ambivalence des biotechnologies. La différenciation de nouveaux organismes transformés était le point de départ d'accusation par certains d'attenter aux propriétés naturelles des espèces et donc à leur diversité ; alors que d'autres préconisent que la transgénèse est une démarche par excellence pour accroître, artificiellement, mais de façon durable, le spectre de la diversité par l'ajout de traits héréditaires 'utiles'. Or, c'est cette 'utilité', misant sur des intérêts économiques qui est taxée de méfiances et de

soucis sur une éventuelle perte de la biodiversité. De plus, les OGM sont qualifiés de 'perturbateurs' des écosystèmes environnants, par échanges génétiques de certaines de leurs caracéristiques (via la pollinisation) avec les espèces sauvages et adventices apparentées. Rappelons qu'en 1992 plus de 400 essais en champ avaientété réalisés à petiteéchelle sur diverses espèces végétales comme le coton, le maïs, la pomme de terre, le colza, le riz, le soja et la. La première mise en ve d'une variété de créée parvoie de génie génétique a eu lieu en 1994. Il s'agit d'une variété de tomate améliorée sur le plan qualitatif. Etant un des pays producteurs et exportateurs de la tomate, le Maroc a intérêt à défendre la qualité, la diversité et l'originalité de ses produits dans ce secteur.

  L'opinion internationale reste conscient des effets positifs et négatifs des biotechnologies sur la biodiversité qui continuera à précéder et conditionner un développement approprié de toutes les applications, de la transgénèse à l'élevage et à l'agriculture. C'est pour cette raison que la biodiversité a fait l'objet d'un premier accord international à Rio en juillet 1992, dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur l'Environnement et le développement (CNUED) qui a pour objectifs la conservation de la biodiversité, son utilisation durable et le partage des avantages découlant de son exploitation.

M. Baaziz, Liberation du 20/21 NOVEMBRE 1999 - N°2708 -page 6


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